mardi 19 novembre 2013

Entre autorité et autoritarisme

Pour peu qu'on évoque la communication non violente, ou la parentalité positive, respecteuse, bienveillante, on nous catalogue vite dans la catégorie : laxistes producteurs d'enfants-rois !

Et pourtant ! Rien n'est moins vrai ! Un enfant respecté est un enfant calme, bien dans ses baskets et donc coopératif.



Car, même si cela va en faire bondir plus d'un, pour ma part, je n'aspire pas à ce que mon enfant m'obéisse, je souhaite qu'il comprenne où est son bien-être, où est le mien, et pourquoi il y a des règles de sécurité et de politesse à respecter quand on vit ensemble.

Je souhaite que mon enfant agisse de son propre gré, et pas parce qu'il me craint, qu'il craint une punition ou pour obtenir une récompense !

Pour moi, l'autorité c'est un peu comme le charisme, c'est quelque chose que l'on acquiert naturellement grâce à notre compétence. J'ai la naïveté d'espérer que mon fils écoute ce que je lui dirai non pas parce que je pourrais crier ou punir, mais simplement parce que son expérience lui aura prouvé qu'on peut faire confiance à maman, elle sait ce qu'elle dit !

Certains trouveront ça utopique ... on en reparlera dans quelques années, je vous dirai comment les choses se passent concrètement, car maintenant c'est encore un peu tôt. Tout ce que je peux dire c'est que bbM est très attentif à ce qu'on dit, et à ce qu'on fait!

L'autorité ne devrait donc pas peser, ressembler à un fardeau ou à une chaine qui entrave.

[Mise à jour du 11-12-2013 Quand j'ai lu sur le site de l'Elfe, dans l'article l'Insoumission à l'école obligatoire, cette phrase de Catherine Baker, cela m'a touché : "L’autorité de l’adulte, c’est-à-dire le pouvoir d’imposer l’obéissance, découle de sa fonction (de son esclavage même). Il est, lui, à sa place, « parvenu au terme de sa croissance » comme dit le dictionnaire. L’enfant n’a pas encore eu le temps d’assimiler tout ce qui fera de lui un être artificiel." ]

En revanche, l'autoritarisme c'est différent. Ce terme évoque le parent qui passe son temps à crier et à régenter la vie de son enfant : où es-tu ? à qui as-tu parlé ? c'est qui celui-là ? range ta chambre immédiatement ! ramasse ! va au lit ! ne me parle pas sur ce ton ! donne ton jouet à ton frère !

Pour moi, un parent autoritaire fait tout sauf éduquer ! Avec un parent autoritaire, un enfant n'apprend rien d'autre que de cesser de réfléchir et éviter les coups. Il y a des choses plus importantes à apprendre pour s'insérer dans la société et y trouver sa place. Enfin c'est mon avis.

Le parent autoritaire réfléchit à la place de l'enfant et ne lui explique rien. Il s'attend à être obéi au doigt et à l'oeil, simplement "parce que c'est comme ça." Résultat, quand le parent est absent, l'enfant, un peu livré à lui-même n'a aucune conscience de ce qui se fait ou pas, du pourquoi ... et pour peu qu'il soit confronté à une situation un peu différente de celle qu'il vit avec ses parents, il est totalement perdu !

L'autoritarisme, cela ressemble davantage a du dressage, du formatage. Ce n'est en rien de l'éducation.

Et puis, il y a aussi ces enfants qui feront tout ce que le parent exige, simplement par peur de ne pas être aimé si ils ne le font pas.
Là aussi, c'est une dérive ! Notre amour n'est pas conditionné. Il ne devrait pas l'être ! Ce n'est pas parce qu'un enfant a un comportement inadapté qu'on devrait lui permettre de douter de notre amour. C'est certainement à ce moment-là qu'il a au contraire, le plus besoin d'être rassuré sur l'amour qu'on lui porte, envers et contre tout.

Car si un enfant a un comportement inadapté, c'est soit qu'on a mal évalué ses capacités et qu'il ne comprend pas encore comment faire autrement, soit qu'il est en souffrance et qu'il ne parvient pas à l'exprimer autrement.
Dans aucun cas, il ne devrait entendre la petite phrase assassine du chantage affectif : Tu es méchant, tu ne m'écoutes pas, qu'est-ce que j'ai fait pour avoir un pareil enfant, je voudrais bien le rapporter au magasin !



Un enfant respecté a d'excellentes chances de rester un adulte respectueux, de lui-même, des autres, de l'autorité en général. N'oublions jamais qu'aucun d'entre nous n'aime être contraint, humilié, dévalorisé, infantilisé. Aucun d'entre nous n'aime écouter le premier venu sans reconnaître sa légitimité et se plier à une consigne floue et incompréhensible. Alors pourquoi attendrions-nous cela de nos enfants ? Valent-ils moins que nous ?

(Mise à jour du 11-12-2013) Sur le thème de la violence éducative, un autre article que j'ai grandement apprécié, intitulé : Les petites claques.  

L'elfe y propose de réfléchir, je cite : "Comment est-il possible que la communication avec nos enfants implique nécessairement la violence physique exercée par nous et contre eux?
Ce qui revient, en fait, à nous demander pourquoi les rapports que nous entretenons avec les enfants sont structurellement violents.
Il me parait en fait aller de soi que si des rapports entre individus impliquent nécessairement des violences physiques, alors ces rapports sont déjà violents en eux-même, et ce même quand la violence physique n’intervient pas. L’acte de violence physique, même s’il est « modéré » et ne représente qu’une douleur passagère, ne constitue pas réellement une violence ponctuelle. Certes, il est physiquement ponctuel, mais il inscrit dans toute la relation dans un rapport de violence; de fait, constater que cet acte est nécessaire à la relation et à la communication avec l’enfant revient à admettre que la relation est structurellement violente, et que l’enfant doit le comprendre."


Je trouve également cela très juste quand elle dit plus bas :

"J’attire simplement l’attention sur le fait qu’en frappant nos enfants et en parlant à leur place, nous sapons leur confiance en eux, nous leur apprenons que leur corps ne leur appartient pas (mais ne considérons-nous pas alors qu’il nous appartient?), nous leur apprenons que leur intégrité physique ne compte pas; et d’une façon générale, la violence éducative, qu’elle soit physique ou non, consiste en grande part à nier les émotions et les sentiments des enfants et à leur apprendre que ce sont les adultes qui savent mieux à leur place ce qui est bon pour eux, ce qui leur fait du bien ou du mal. Autant de failles dans lesquelles peut s’engouffrer une personne malveillante pour abuser d’un enfant. Comment voulez-vous que les enfants soient armé pour faire face à des adultes dans ce monde, vu la façon dont nous les traitons en inférieurs?

C’est bien joli d’apprendre aux enfants les limites. Nos limites. Mais pourquoi le faire d’une façon qui méprise leurs limites? Pourquoi serions-nous les seuls à avoir des limites? Pourquoi imposons-nous nos limites en transgressant les leurs?

Peut-être devrions-nous plutôt leur apprendre que nous avons tous nos limites, qu’eux aussi ont leurs limites, et qu’ils ont le droit de les faire respecter, comme nous avons le droit de leur faire respecter les nôtres. Sans violence. Car oui, il y a des limites, et oui, les enfants doivent les apprendre. C’est la base d’une vie en société."


Cela me semble primordial d'aider l'enfant à apprendre à gérer ses propres émotions, donc certainement pas à les nier, mais à les accueillir, les nommer, les comprendre, et puis trouver la meilleure façon de les exprimer, c'est un long apprentissage, mais absolument essentiel et qui commence avant tout par l'exemple, vu leur énorme pouvoir d'imitation ! Comme nous n'avons pas été très habitué à cela, avoir des enfants est une occasion unique et donne une grande motivation pour s'y atteler sérieusement et sans tarder ! La confiance en soi est un cadeau à faire à nos enfants qui les préparera à aborder la vie dans les meilleures conditions. Tout ce qui la favorise, est bon à prendre, tout en cultivant la connaissance de soi, l'empathie et l'humilité.
J'aime rappeler cette phrase un peu slogan : "Il est plus facile d'élever des enfants forts que de réparer des adultes blessés" !

Je cite toujours l'Elfe mais dans cet autre article intitulé La première oppression :

Le problème n’est pas là, évidemment les enfants sont différents sur plusieurs points. Le problème c’est que ces différences justifient ces traitements. On me dira par exemple que les enfants pleurent plus souvent que les adultes, et que donc c’est normal de les laisser pleurer. Je ne suis pas d’accord. Certes, les enfants n’ont pas toujours la maturité nécessaire pour gérer leurs émotions, et donc il leur arrive d’exploser plus souvent. Ce n’est pas une raison pour les traiter comme si ces émotions n’existaient pas. Certes, c’est fatiguant, ça peut devenir épuisant, usant, insupportable. Néanmoins, je ne peux pas m’empêcher de me mettre à la place de l’enfant quand il manifeste sa détresse et que ses parents lui rient au nez, l’ignorent ou le disputent au lieu de lui montrer un peu d’empathie. Ce qui ne le fera peut-être pas cesser de pleurer, mais ça change beaucoup de choses. Je vous pose juste la question: imaginez que vous vous mettez à pleurer comme une fontaine à cause de quelque chose qui vous bouleverse, et qu’il y ait un proche près de vous, et que cette personne vous crie dessus, vous interdise de pleurer, vous ignore ou se moque de votre détresse, comment vous sentiriez-vous? A l’inverse, si cette personne vous montrait un peu de sollicitude, vous n’arrêteriez sans doute pas de pleurer immédiatement pour autant, mais franchement, vous ne vous sentiriez pas mieux? Songez maintenant que les enfants, eux, n’ont souvent personne d’autre que leur parents au monde et qu’ils sont en plein développement émotionnel. Imaginez ce que ressent un enfant à qui on interdit de pleurer ou qu’on punit parce qu’il pleure. Considérez le fait que sa personnalité et son estime de soi sont en train de se construire.
[...]
Ce qui me fait réagir ce ne sont pas des situations personnelles que je ne connais ni ne comprend, mais c’est la théorie absurde qu’on nous sert à toutes les sauces sur les enfants. Les enfants sont comme ci, les enfants sont comme ça, il est bon de laisser pleurer les enfants, les enfants font des caprices, les enfants sont pervers et manipulateurs et doivent être dressés, les enfants si on ne les dresse pas correctement deviennent des tyrans monstrueux…

Le dressage des enfants est une forme d’oppression de toute première importance.

Non seulement parce qu’il est, en soi, injuste et révoltant, comme toute oppression, mais parce que ses conséquences sont particulièrement dramatiques. En effet, c’est ce dressage (apprendre à obéir, à nier ses émotions et ses sentiments, à se taire) qui nous apprend que l’oppression est normale, que nous devons accepter de la subir, et qu’il n’y a aucune alternative. Ce dressage est généralement opéré par les personnes qui nous sont les plus chères, celles que nous aimons, ou du moins, dans tous les cas, celles dont nous dépendons entièrement,"
 
Dans les 4 accords toltèques, on parle de domestication, ici dressage, mais l'idée est la même. A présent, quand je lis ou j'entends quelqu'un parler d'un enfant qui "fait un caprice" cela me hérisse les oreilles, car comme le dit bien Filliozat, les caprices, c'est tout ce que l'adulte ne comprend pas.

Le livre C'est pour ton bien d'Alice Miller donne des exemples très clairs de ce que les pédagogues allemands adressaient comme messages aux parents, ils préparaient le terrain au chaos semé par Hitler !  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire