lundi 1 septembre 2014

Je t'en veux, je t'aime ou Comment réparer la relation à ses parents d'Isabelle Filliozat

Chose promise, chose due, j'ai terminé ma relecture de ce livre. 

Je ne vais pas en faire un résumé classique, ni vous donner la table des matières, d'autres s'en sont déjà chargé. 



Pour 5,99€ sur amazon, ce n'est pas grand chose vu la qualité de l'ouvrage !

La première chose importante je trouve c'est qu'il y a deux processus distincts qui peuvent être successifs. Le premier est de guérir de notre enfance, cela est dans nos mains, la majorité des gens ont besoin d'un psy pour cela, psy qui jouera le rôle du parent dans ce qui nous a manqué et qui nous rendra capable de nous parenter nous-même au final. Un bon psy nous rend autonome et n'a pas peur de nos parents !

Le deuxième processus implique également nos parents. Guérir son enfance garantit d'avoir les clés de son bonheur présent en mains, c'est déjà un énorme avantage. Après on peut souhaiter avoir enfin une relation nourrissante et harmonieuse avec nos parents, une relation où chacun est authentique, cela demande une réconciliation. Cette deuxième étape est souhaitable pour bien des gens, seulement, chacun est responsable de son bout de la relation, comme le dit Jacques Salomé, si la relation est symbolisée par une écharpe, chacun s'occupe de son bout ... donc les choses ne dépendent pas uniquement de nous. Isabelle Filliozat rassure sur le fait que la majorité des parents acceptent d'écouter leur enfant et que sa démarche de réconciliation est favorablement accueillie, par la suite la relation s'améliore d'un peu à énormément. 

Dans son livre, Isabelle Filliozat explique que la majorité des parents aiment leurs enfants. Pourtant certains, et plus qu'on ne le croit, aimeraient aimer leurs enfants mais n'y parviennent pas. Ils sont encore trop prisonniers de leur propre enfance, et ont tellement honte, se sentent tellement coupable parfois de ne pas parvenir à les aimer qu'ils se taisent et ne trouve aucune aide. Cela engendre de grandes souffrances des deux côtés. 
En tant que société, en tant qu'être humain, si un jour nous percevons une relation parent/enfant en détresse, au lieu de juger ou de détourner les yeux, nous pourrions proposer une écoute bienveillante et de l'aide. Les livres d'Isabelle Filliozat peuvent être très utiles et seront probablement un premier pas, ensuite le parent en difficulté pourra entamer une démarche avec un psy ... Chercher de l'aide demande du courage, regarder les choses en face et admettre qu'on a besoin d'aide aussi et en même temps, c'est tellement important ! L'avenir de notre enfant en dépend. 

Bien sûr, un enfant devenu adulte peut toujours guérir et se réparer plus tard et en même temps, bien des souffrances lui serait épargnées si le parent se sentait autorisé à trouver l'aide adéquate pour devenir la meilleure version de lui-même. 

Quelques citations qui m'on marquées. 

p.50 Derrière une insulte, derrière un jugement, se profilent des blessures, des besoins, des émotions. La plupart des insultes sont des projections (du parent). 

p.75 Les non-dits interdisent à l'enfant de mettre des mots sur certaines de ses émotions. Les secrets le coupent d'une partie de lui-même. Le secret est le plus souvent inutile et a des conséquences désastreuses. 

p.83 L'émotion si violente soit-elle, une fois exprimée libère les tensions et restaure la qualité de la relation.

p.97 Une véritable réconciliation exige l'écoute et la compréhension des deux points de vue. Il n'y a pas de "faute". Il y a des blessures, des manques, des erreurs, de l'ignorance, de la souffrance. 

p.105 La maternité est une expérience complexe. p.106 Elle invite à une transformation à laquelle peu sont préparés. 

p.129 La colère part du centre de soi, repousse l'agresseur à l'extérieur et répare le sentiment d'identité et d'intégrité. ( une personne hors d'elle n'est pas en colère, elle est dans la violence). 

p.133 La colère est un mouvement émotionnel. Elle est à écouter pour ce qu'elle est et non comme une accusation. 

p.135 Si l'enfant est entendu, il se répare. 

p.140 Pour tolérer des sentiments complexes, il faut pouvoir s'aimer suffisamment pour considérer ses erreurs avec tendresse et respect et ne pas être détruit intérieurement par elles. Quand un parent a été jugé par ses propres parents, quand l'amour lui a été donné parcimonieusement et sous condition, il a du mal à se confronter aux erreurs qu'il commet ... tant l'amour (et donc la vie !) risque de lui être retiré. S'il considérait ses erreurs, il ressentirait tant de honte, tant de désespoir de ne pas répondre aux désirs de l'autre que cela lui serait intolérable. 

p.143 Quand la violence physique est considérée comme un outil d'éducation, l'enfant entend que non seulement il n'a pas le droit d'être en colère, mais il n'a pas non plus le droit de se sentir blessé, puisque c'est pour son bien. Non seulement il n'a pas le droit de se rebeller ou de se réparer, mais il doit considérer que ce qui lui fait du mal lui fait du bien ! Ses repères commencent à se mélanger, il peut considérer qu'il sent faux ! Il se coupe de ses ressentis vu qu'on lui envoie le message qu'il ne peut s'y fier. 

p.145 Certains enfants sont élevés dans l'idée qu'ils sont redevables de l'éducationr reçue ! C'est douloureux et tellement injuste. Tout enfant développe spontanément un immense amour et une gratitude éperdue envers ses parents, même en cas de maltraitance. L'exigence de gratitude de certains parents soulignent combien ils ont peu aimé leur enfant. Le parent qui aime est remboursé par les joies du quotidien. S'il s'est privé de ces plaisirs, de cet amour, de ces joies, ce n'est pas la responsabilité de l'enfant. La gratitude ne peut être un devoir. C'est un sentiment qui naît spontanément de la conscience du don de l'autre. 
p.146 L'absence de gratitude spontannée souligne une blessure, un manque, une douleur. 

p.148 Pour supporter en lui l'intensité de ces émotions inexprimables, l'enfant oublie. L'oubli est un mécanisme de défense contre l'irruption d'affects trop violents que personne n'est prêt à entendre. 

p.150 L'oubli permet de continuer à survivre. L'oubli est une protection ... faute de mieux. 

p.157 Sur le plan physique, les émotions non déchargées restent en tension. On oublie trop souvent que les émotions sont physiologiques avant d'être psychologiques. 

p.161 On ne peut changer que ce sur quoi on a pouvoir. Il est donc nécessaire de sortir du rôle de victime dans lequel nous sommes enfermé et de prendre la responsabilité de nos comportements et symptômes. 

p.168 N'avons-nous pas tous à faire un travail de deuil de ce que nous n'avons pas reçu enfant ? 

p.170 Sans pouvoir mettre de mots dessus, l'enfant sent la détresse de ses parents, et il se met au service de leurs besoins émotionnels inconscients. Il se donne pour mission inconsciente de les soulager d'un trop-plein de violence en eux. Il les pousse à bout. 

p.173 Sortir de l'idéalisation, c'est regarder l'autre tel qu'il est dans sa réalité complexe d'être humain et sortir de la relation destructrice de pouvoir. 

p.200 Pour un nourrisson, un parent qui disparaît de sa vue n'existe plus. Ce qui donne facilement dans son esprit : si je suis en colère, (et qu'on me laisse pleurer seul) je tue mes parents. Donc si j'exprime ma colère à mes parents, soit je meurs, soit ils risquent de mourir. 

p.202 Qu'est ce qu'un respect des parents qui consiste à dire "ils ne le supporteraient pas", "ça lui ferait trop mal"? Ce n'est que crainte de ne pas être aimé et difficulté de communication. 

p.203 A condition bien entendu que certaines règles de communication soient respectées, que tout jugement, accusation ou culpabilisation soient bannis, on peut tout dire à ses parents. Parce que plus on se parle, plus on s'aime. 

p.205 L'amour partagé est un bien meilleur pronostic pour la santé que les secrets, culpabilités sourdes et non-dits. 

p.210 Les étapes psychologiques qui mènent à la mâturité : dépendance, contre-dépendance, indépendance, interdépendance. 

p.212 Il n'y a pas de secret, pour devenir soi, il est nécessaire de se soustraire à la domination d'autrui, impératif de dire non à celui dont on est dépendant. Devenir adulte, c'est vérifier que le monde ne s'écroule pas dès qu'on quitte les parents des yeux. J'ai le droit de regarder ailleurs, le droit de ne pas les croire, le droit d'être différent d'eux. Expérience faite, j'ai aussi le droit de choisir mes propres valeurs. 

p.213 La plupart des parents, plutôt que d'encourager l'adolescent dans une opposition constructive, cherchent à le limiter, à l'enfermer, ils augmentent les interdits. 
Un certain nombre d'adolescents ne font même pas de "crise". Ils s'enferment dans leurs études, canalisent leur rage sur leurs cahiers, et font plaisir à leurs parents. 

p.214 Ce ne sont pas les adolescents qui sont ingrats, c'est le métier même de parent ! Pour vivre mieux cette période, il est utile de savoir que, comme lors de l'adolescence - cette période d'opposition systématique sera d'autant plus temporaire qu'elle sera respectée et écoutée, d'autant plus forte et longue qu'elle rencontrera mur d'incompréhension, autoritarisme et culpabilisation. 

p.216 Pour arriver à entendre la voix de l'enfant en soi, il est nécessaire de se soustraire à l'influence parentale. En opposition, on est encore sous emprise. 

p.219 Savoir ce qui s'est passé aide, mais souvent ne suffit pas à guérir. Si les sentiments sont des élaborations mentales et peuvent donc être analysés et dépassés, les émotions ne sont pas des processus psychiques mais physiologiques. Refoulées, elles créent des tensions dans le corps. Les rages, les sanglots les terreurs sont encore là, intacts. En parler ne suffit pas à retrouver la souplesse du corps, à restaurer la respiration des tissus.

Nous pensons rarement que nos rigidités, nos tensions, nos douleurs, peuvent avoir pour origine une émotions réprimée. Accepter la douleur ne signifie pas s'y complaire, c'est au contraire accepter de la regarder comme elle est pour mieux la guérir. 

p.221 Elle doit être accueillie dans un espace d'empathie, de non-jugement, de compassion, d'amour inconditionnel !

p.222 Quand les sages recommandent de s'aimer soi-même, ils n'évoquent pas un culte de l'ego, mais cette empathie profonde envers soi-même, respect de la vie en soi. 
Tant que le travail de colère envers les parents n'a pas été fait, la personne se voit avec leurs yeux. 

p.224 Une fois émotionnellement guéri et donc libéré de tout jugement, nous sommes capable de leur exprimer nos souffrances sans une pointe d'agressivité, de leur dire une saine colère sans les juger, et par la suite, de demander clairement réparation des dommages subis. 

p.230 Une fois les émotions écoutées en thérapie, les jeux de pouvoir de nos parents n'auront plus prise. On ne peut pas se parler de manière authentique quand on a peur des émotions. 

p.231 Nous avons une fâcheuse tendance à estimer la mémoire de nos parents comme plus fiable que la nôtre. Pourtant, la leur a de bonnes raisons de leur faire défaut. D'autre part, elle peut être fortement altérée par le sentiment de culpabilité.   

p.235 Vos parents ne sont pas vos supérieurs, ne les laissez pas vous donner des ordres comme quand vous étiez petits. Ne les laissez pas diriger la relation, surtout si c'est pour le malheur de tous. 
La pitié et la commisération, témoignant d'un sentiment de supériorité, attirent la violence. En revanche, la compassion et la solidarité apaisent les tensions. Pour atteindre cette compassion, ce respect, vous avez besoin d'avoir suffisamment guéri vos blessures. 

p.236 La blessure est en nous, pas en l'autre. C'est en nous que nous avons besoin de guérir. 

p.238 Oeil pour oeil ne fera que rendre le monde aveugle disait Gandhi. La non-violence nécessite davantage d'énergie et de courage que la violence mais elle est tellement plus gratifiante. 

p.239 Une émotions refoulée il y a longtemps s'est chargée de toutes sortes de sentiments qui l'alourdissent. 

p.259 Gandhi disait : la fin est dans les moyens. Les moyens que vous utilisez déterminent vos résultats. Pour être respecté et entendu, il faut respecter et écouter et donc exclure les jugements, l'agressivité, la culpabilisation. 

p.268 La plupart du temps, s'excuser sincèrement et regretter son comportement ne suffit pas, pour apaiser la relation, celui qui a souffert a besoin que l'autre mesure et ressente son vécu. Seule une véritable empathie qui mesure le préjudice infligé, répare la relation. 

p.271 Tout peut être réparé. L'empathie qui mesure le degré de la souffrance est nécessaire et souvent suffisante pour réparer le lien. 

p.274 Si réparer la relation est important pour vous et que votre parent n'est pas favorable au départ, donnez-vous la permission d'insister respectueusement. Se résigner c'est encore accepter la loi de l'autre. 

p.275 N'attendez pas de changement de la part de vos parents. Préoccupez-vous de votre part de responsabilité dans la relation. De votre côté, vous faites ce qui est bon pour vous de faire, vous exprimez ce que vous avez besoin d'exprimer. Leur réaction est de leur responsabilité. Il est important de parler pour vous libérer de la dépendance. Après, la réconciliation n'est pas de votre seul ressort. 

p.294 La rencontre avec les parents ne guérit pas l'enfant. Elle permet de réparer la relation. La guérison de l'enfant lui appartient. 





2 commentaires:

  1. Page 145 et 150 c'est mon entièrement mon cas...je n'ai pas tout lu mais je m'y retrouve souvent. Au jour d'aujourdhui ma mère et moi c'est une relation platonique, comme ça l'a tjs été d'ailleurs. L'oubli...je n'ai que très peu de souvenirs de mon enfance et parfois je me demande comment ça se fait ? Ma mère : je ne peux pas dire que je l'aime, oui je suis ingrate, mais comment aimer une personne qui pour nous est presque étrangère ? qui plus est cette personne ne veut pas parler de ce qui c'est passé, on pourrait dire qu'elle est coincée et muette. Voilà ma mère.

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  2. La gratitude vient spontanément si il y a des raisons, tu n'as pas à culpabiliser de te sentir "ingrate" ... ce sont nos parents qui doivent nous aimer, de façon inconditionnelle, l'inverse est vrai quand ils jouent leur rôle.

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